Un dispositif public dont le défaut est connu depuis vingt ans ne se réforme pas quand le défaut devient intolérable. Il se réforme quand il devient utile de le corriger.

La preuve tient en une date.

Le 14 août 2026, l'Igas a mis en ligne la revue de dépenses conduite avec l'Inspection générale des finances sur l'efficacité des politiques familiales. Le rapport, daté de juin, répond à une lettre de mission adressée le 26 décembre 2025 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, avec un objectif écrit noir sur blanc : identifier des économies. Une dizaine de mesures prioritaires, 4,2 milliards d'euros à dix ans.

La première de la liste concerne la retraite des parents de trois enfants.

Les inspections proposent de remplacer la majoration de pension de 10 % par un forfait de 125 euros par mois, pour supprimer, selon leurs termes, le caractère anti-redistributif du dispositif actuel et réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Le raisonnement est exact. Une majoration proportionnelle à la pension verse mécaniquement davantage d'euros aux carrières les plus complètes, donc davantage aux hommes.

Ce raisonnement, l'État le tient depuis longtemps. En 2013, le législateur a supprimé l'exonération d'impôt dont cette majoration bénéficiait depuis 1941, après avoir constaté qu'elle amplifiait encore l'avantage donné aux pensions les plus hautes. Le même gouvernement annonçait alors une seconde étape : transformer la majoration en somme forfaitaire par enfant pour les départs postérieurs à 2020. Elle n'a jamais été menée. On avait corrigé la moitié la plus discrète du défaut, et laissé l'autre intacte pendant douze ans.

Ce qui a changé cette année n'est pas le diagnostic. C'est le besoin d'économies.

Reste la question que le rapport ne pose pas, et qui est la seule à intéresser un lecteur qui n'a pas trois enfants. Qui paie cette majoration ? Pas la branche vieillesse. La branche famille, intégralement depuis 2011, au terme d'un transfert par paliers commencé en 2001 : 15 %, puis 30, puis 60, puis 70, puis 85, puis la totalité. Près de 5,9 milliards d'euros par an, soit un peu plus d'un sixième des quelque 34 milliards de prestations familiales légales, prélevés sur le budget censé financer les crèches et les allocations pour verser un supplément à des retraités dont la carrière est close.

Il faut distinguer, sous peine de mauvais procès. La branche famille transfère chaque année plus de onze milliards vers la retraite, mais l'essentiel du reste finance l'assurance vieillesse des parents au foyer, 5,56 milliards, qui paie des cotisations pour un parent ayant réduit son activité. Celle-là est une prestation familiale différée, pas une subvention aux retraités du moment. Elle n'appelle pas la même critique. Seule la majoration proportionnelle pose le problème.

Mancur Olson offre une lecture, à prendre comme hypothèse et non comme démonstration : les bénéficiaires d'un droit déjà acquis se mobilisent plus vite que les usagers d'un service qui n'existe pas encore. Les crèches manquantes n'ont pas de syndicat. Le calendrier de l'été semble lui donner raison. Le rapport paraît le 14 août, Familles de France réagit le 21, en demandant que les familles ne servent pas de variable d'ajustement budgétaire.

L'objection est solide et il faut la porter entière. Les carrières des femmes restent marquées par les interruptions et le temps partiel liés aux enfants. Une réforme qui arrive par la porte des économies risque de rogner le montant total autant que de le redistribuer, et rien ne garantit que l'euro économisé sur la majoration ira vers l'accueil du jeune enfant plutôt que vers le solde. Une correction juste financée par une intention comptable reste une correction juste, mais elle sera jugée sur son financement.

Le point tient. Il ne rend pas la majoration proportionnelle défendable pour autant. Une réforme motivée par le budget peut corriger un défaut réel, et c'est ici le cas.

Le budget 2027 dira ce qu'il en reste. En attendant, gardez la question, elle survit à ce dossier. Quand un rapport propose de réformer un avantage ancien, ne demandez pas seulement s'il a raison. Demandez pourquoi personne ne l'a fait quand il n'y avait rien à économiser.

Freshfields, « Europe's digital euro heads to last stage of negotiations », 15 juillet 2026 (mandats, plafonds, personnes morales, trilogue du 13 juillet).
https://www.freshfields.com/en/our-thinking/blogs/technology-quotient/europes-digital-euro-heads-to-last-stage-of-negotiations-what-council-and-parl-102nbx6

Parlement européen, « Digital euro: MEPs ready to start negotiations », 9 juillet 2026.
https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20260708IPR46377/digital-euro-meps-ready-to-start-negotiations

Conseil de l'UE, position sur l'euro numérique, 19 décembre 2025.
https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2025/12/19/single-currency-council-agrees-position-on-the-digital-euro-and-on-strengthening-the-role-of-cash/

BCE, prestataires retenus pour le pilote, 14 juillet 2026.
https://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2026/html/ecb.pr260714~8cd07d9d45.en.html

Copenhagen Economics pour la Fédération bancaire européenne, décembre 2023 (739 Md€ à 3 000 €, 139 Md€ à 500 €).